Le test de Tinetti évalue l’équilibre et la marche d’une personne âgée à travers 16 items cotés sur 28 points. Conçu en 1986 par la gériatre Mary Tinetti, il reste l’un des outils les plus utilisés en gériatrie et en kinésithérapie pour quantifier un risque de chute. Sa passation dure environ cinq minutes, mais la fiabilité du score dépend entièrement de la rigueur avec laquelle chaque étape est conduite.
Erreurs de passation du test de Tinetti qui faussent le score
Avant de détailler le déroulement, il faut comprendre ce qui rend un score inexploitable. Les retours terrain pointent plusieurs erreurs récurrentes, parfois commises par des professionnels expérimentés.
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La plus fréquente concerne le choix de la chaise. Le protocole impose une chaise dure, sans accoudoirs. Laisser le patient s’installer dans un fauteuil rembourré ou un siège avec accoudoirs modifie profondément l’item « se lever » : la personne compense avec les bras, et le score surestime sa capacité réelle à se mettre debout de façon autonome.
Autre piège : formuler des consignes trop guidantes. Dire « levez-vous en vous aidant des accoudoirs si besoin » oriente la réponse motrice. Le principe du Tinetti repose sur l’observation de la stratégie spontanée du patient, pas sur une performance assistée par la consigne.
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- Ne pas standardiser la distance de marche entre deux passations rend toute comparaison de scores impossible sur un suivi à quelques semaines d’intervalle.
- Omettre d’observer le demi-tour (item souvent bâclé) fait perdre des informations sur l’instabilité rotationnelle, un facteur de chute sous-estimé.
- Coter de mémoire après le test, au lieu de noter chaque item en temps réel, introduit un biais de rappel qui peut décaler le score total de plusieurs points.

Déroulement pas à pas du test de Tinetti : équilibre statique
La première partie évalue l’équilibre statique à travers 9 items, cotés sur 16 points. Le patient est assis sur la chaise standardisée, pieds au sol.
Position assise et passage debout
L’examinateur observe d’abord la stabilité en position assise : la personne se penche-t-elle sur le côté, glisse-t-elle de la chaise ? Une posture stable et sûre vaut 1 point. On demande ensuite au patient de se lever. Trois niveaux de cotation distinguent le lever impossible, le lever avec appui des bras et le lever sans aide.
Le nombre de tentatives nécessaires est coté séparément. Un lever réussi du premier essai score 2, contre 1 si plusieurs essais sont nécessaires. L’équilibre immédiat dans les cinq premières secondes debout est évalué dans la foulée : instable, stable avec aide technique, ou stable sans aide.
Tests de provocation debout
Une fois le patient debout, pieds joints, l’examinateur applique trois légères poussées sur le sternum. La réaction (commence à tomber, chancelant mais se stabilise, stable) est cotée de 0 à 2. L’épreuve yeux fermés, toujours pieds joints, teste ensuite l’équilibre sans afférence visuelle.
Le demi-tour sur 360 degrés clôture la section statique. On observe la continuité des pas et la stabilité pendant la rotation. Le demi-tour révèle souvent une instabilité que la marche en ligne droite masque.
Cotation de la marche : les 7 items dynamiques du Tinetti
La seconde partie se déroule dans un couloir ou une pièce dégagée. Le patient marche d’abord à son rythme habituel, puis revient d’un pas plus rapide mais sûr, en utilisant son aide technique si nécessaire.
L’initiation de la marche est le premier item : y a-t-il une hésitation, plusieurs tentatives avant de démarrer, ou le départ se fait-il sans hésitation au signal ? Viennent ensuite la longueur et la hauteur du pas, évaluées séparément pour le pied droit et le pied gauche.
Pour chaque pied, l’examinateur vérifie deux choses : le pied en mouvement dépasse-t-il le pied d’appui au repos, et se détache-t-il nettement du sol ? Un pas rasant qui ne décolle pas du sol cote 0, quel que soit sa longueur apparente.
Symétrie, continuité et trajectoire
La symétrie compare la longueur des pas gauche et droit. La continuité évalue si la marche est fluide ou fragmentée par des arrêts. La trajectoire est cotée selon que le patient dévie, corrige sa trajectoire ou marche droit sans aide visuelle au sol.
Les deux derniers items portent sur la stabilité du tronc (oscillations latérales, flexion antérieure) et l’écartement des pieds pendant la marche. Le score de marche est coté sur 12 points, additionné aux 16 points d’équilibre pour un total sur 28.

Utiliser le test de Tinetti en suivi de rééducation : seuils et limites
Le Tinetti n’est pas qu’un outil de dépistage ponctuel. Plusieurs programmes de prévention des chutes en ambulatoire l’utilisent désormais comme indicateur d’évolution au cours d’un cycle d’ateliers équilibre, avec des passations espacées de deux à trois semaines.
Pour que la comparaison entre deux scores soit valide, la standardisation doit être identique d’une séance à l’autre : même chaise, même distance de marche, mêmes consignes mot pour mot. Toute variation, même mineure, dans le protocole compromet l’interprétation de la progression.
Interprétation du score global
Un score inférieur à 20 sur 28 est généralement associé à un risque de chute élevé. Entre 20 et 24, le risque est considéré comme modéré. Au-dessus de 24, le risque est faible. Ces seuils restent des repères : les retours terrain divergent sur leur sensibilité chez les patients très actifs qui compensent bien leurs déficits d’équilibre.
Le Tinetti ne mesure pas la peur de tomber, ni l’adaptation du patient à son environnement domestique. Un score rassurant ne dispense pas d’évaluer le domicile (tapis, éclairage, seuils de porte), qui reste le lieu principal des chutes.
Le test garde une limite connue : son effet plafond chez les personnes dont la mobilité est peu altérée. Un patient qui obtient 27 ou 28 peut malgré tout présenter des déficits fins d’équilibre dynamique que le Tinetti ne capte pas. Pour ces profils, un complément par un test chronométré apporte une granularité supplémentaire.

