Quelles solutions pour être exonéré des droits de succession ?

L’impôt sur les successions ne se cache pas derrière de grandes déclarations : il s’applique, point. Au décès, chaque bien transmis entre officiellement dans le champ du fisc. Pas de passe-droit, pas de traitement de faveur, sauf exceptions prévues par la loi. Les héritiers, qu’ils soient proches ou éloignés, se retrouvent donc directement concernés par cette fiscalité, dont le calcul dépend de la valeur des biens transmis et du lien de parenté avec le disparu.

Qu’est-ce que l’impôt sur les successions ?

Un décès entraîne automatiquement une question fiscale : les transmissions de patrimoine sont soumises à une imposition spécifique. Que la transmission soit encadrée par un testament ou dictée par la loi, le principe reste le même : les héritiers doivent s’acquitter de droits de succession. Montant et modalités varient selon la valeur des biens en jeu et le lien familial qui unit l’héritier à la personne disparue.


La territorialité de la fiscalité successorale repose sur des règles nettes. Deux principaux cas de figure se présentent :

  • Un défunt domicilié fiscalement en France : l’ensemble de son patrimoine, qu’il soit en France ou ailleurs, entre dans l’assiette imposable.
  • Un défunt domicilié à l’étranger : le fisc se tourne alors vers l’héritier, notamment si celui-ci réside en France depuis au moins six ans sur la dernière décennie. Dès lors, les biens situés sur le territoire français peuvent être concernés.

Quels sont les abattements possibles ?

Avant toute chose, la loi impose une étape clé : l’application des abattements. Chaque succession débute par cette déduction automatique, dont le montant dépend du lien de parenté. Les proches bénéficient d’un traitement privilégié, et le détail est sans ambiguïté :

Bénéficiaire Abattement
Conjoint ou partenaire de PACS Exonéré
Enfant 100 000 €
Ascendant (père, mère) 100 000 €
Petit-enfant 1 594 €, à défaut d’un autre abattement
Arrière-petit-enfant 1 594 €, à défaut d’un autre abattement
Frère et sœur 15 932 €, sauf cas d’exonération
Neveu et nièce 7 967 €
Autres 1 594 €, en l’absence d’autres droits
Personne handicapée 159 325 €, en supplément des autres abattements

La vigilance s’impose sur les donations antérieures : elles réduisent d’autant le montant disponible. Après cette étape, place au calcul des droits à appliquer sur la valeur nette restante, selon le barème fixé.


Tout ne s’arrête pas là. Les taux d’imposition, eux aussi, évoluent avec la situation. Parcourons les principales grilles :

Pour une succession en ligne directe (enfants, parents, petits-enfants, arrière-petits-enfants) :

Part taxable après abattement Taux appliqué
Moins de 8 072 € 5 %
Entre 8 072 € et 12 109 € 10 %
Entre 12 109 € et 15 932 € 15 %
Entre 15 932 € et 552 324 € 20 %
Entre 552 324 € et 902 838 € 30 %
Entre 902 838 € et 1 805 677 € 40 %
Au-delà de 1 805 677 € 45 %

Pour une transmission entre frères et sœurs, on applique le barème suivant :

Part taxable après abattement Taux appliqué
Moins de 24 430 € 35 %
Au-delà de 24 430 € 45 %

La détention de biens par des héritiers plus éloignés, ou l’absence de lien de parenté, entraîne une fiscalité bien plus lourde :

Situation après abattement Taux appliqué
Parents jusqu’au 4e degré inclus 55 %
Plus éloignés ou non parents 60 %

Impôt sur les successions familiales

Des protections spécifiques encadrent la transmission au sein des familles les plus proches. Outre les abattements, certaines exonérations sont inscrites dans la loi :

  • Entre conjoints ou partenaires de PACS, aucun droit de succession à verser.
  • Entre frères et sœurs, si et seulement si trois conditions sont respectées : être célibataire, veuf, divorcé ou séparé au décès ; avoir 50 ans révolus ou être atteint d’une incapacité totale de travail ; et avoir partagé la résidence du défunt durant cinq ans consécutifs avant le décès.

Un autre pilier structure la succession familiale : la réserve héréditaire. Enfants, parents et conjoint survivant possèdent une part que nul ne peut leur retirer, même sous la pression des dernières volontés. Le code civil fixe l’ordre de priorité entre héritiers et règle toute contestation sur ce terrain.


Patrimoine et immobilier

L’immobilier tient souvent une place centrale dans l’héritage. Il s’agit la plupart du temps du patrimoine le plus lourd transféré. La valeur retenue correspond à celle du marché le jour du décès. Transmettre un bien immobilier peut aussi être anticipé via une donation de la nue-propriété, tout en gardant l’usufruit : une façon de garder la main tout en préparant l’avenir.

Certains biens profitent de régimes d’exonération à part, parfois total, parfois partiel. Ces cas particuliers sont, en pratique, assez surveillés :

Type de bien Exonération
Terrains non bâtis 5 000 € de franchise, le reste est taxé, une seule fois par succession
Biens sans titre de propriété 50 % d’exonération pour une première transmission régularisée depuis mars 2017
Monuments historiques Exonération totale à condition d’un accord avec l’État (gestion, ouverture au public…)
Immeubles situés en Corse 50 % d’exonération pour les biens acquis avant le 23 janvier 2002 (jusqu’à fin 2027)
Logements loués acquis entre août 1995 et fin 1996 Exonération partielle selon le respect d’une durée de location

Impôt sur les successions et assurance-vie

L’assurance-vie fait figure d’exception dans l’univers de la transmission du patrimoine, avec un traitement fiscal spécifique. La date et l’âge lors des versements sur le contrat déterminent tout le régime appliqué au décès.

Pour les primes versées avant 70 ans, chaque bénéficiaire bénéficie d’un abattement personnel de 152 500 €. Au-delà de ce seuil, la fiscalité grimpe à 20 %, puis 31,25 % au-dessus de 852 500 €. Ce plafond s’applique individuellement, ce qui permet à une personne de répartir des capitaux importants au sein de la famille avec une fiscalité limitée.


Dès lors que les primes ont été versées après le soixante-dixième anniversaire, un abattement global de 30 500 € s’applique sur l’ensemble des bénéficiaires. Le surplus rejoint le barème classique des successions, mais seuls les versements effectués sont imposés : les intérêts ne sont pas intégrés à l’assiette taxable.

Le droit de succession frappe ce que l’on laisse derrière soi. Beaucoup vivent avec la sensation d’une double peine : un patrimoine déjà taxé tout au long de la vie affronte une nouvelle épreuve fiscale, au moment de passer la main. Pourtant, comprendre les leviers permet d’atténuer la facture. Anticiper, préparer, c’est finalement offrir davantage à ceux qui restent, plutôt que de regarder le fisc rafler la part du lion au dernier acte.

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