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Jean Carette (Réseaux Espaces 50 + Québec) " Au Québec, l’arrivée massive de baby-boomers à la retraite active modifie en profondeur la condition des aînés et donc le paysage politique et social "

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A l'occasion du Colloque L'âge et le pouvoir en question : Vieillir et décider dans la cité 8 et 9 octobre 2008 - Rouen - France - Un interview de Jean Carette, Président des réseaux Espaces 50 + à Québec, Canada

Vous serez présent au colloque de Rouen les 8 et 9 octobre sur « L’âge et le pouvoir». Vos nombreux travaux sur le sujet vous ont amené à analyser le rôle et le pouvoir des retraités dans la société en tant que chercheur et universitaire tout d’abord, puis, le temps faisant, en tant que retraité vous-même. En tant qu’analyste et témoin, quelles sont selon vous les grandes évolutions dans les rapports de forces entre les retraités et les décideurs publics que le colloque de Rouen pourrait mettre en avant ?

Je participerai avec joie au colloque de Rouen, à la fois pour écouter et pour échanger. Les choses ont bien changé depuis mai 1968, où je démarrais mon cheminement et ma carrière en gérontologie sociale. Les baby-boomers sont devenus les papy et mamy-boomers, qui accèdent par milliers à une période de retraite que la majorité d’entre eux souhaitent active et utile, pour eux et pour la société. Ce remplacement d’une génération par une autre marque l’arrivée d’aînés en pleine possession de leurs moyens, expérimentés et conscients de leurs droits et aptes à les défendre ou à les promouvoir. Ces «jeunes» aînés «hyperactifs» sont aussi très impliqués dans des relations intergénérationnelles, non seulement dans leur famille et leur voisinage, mais au service d’enjeux sociaux plus globaux comme la paix, le développement durable et la protection du patrimoine naturel, social et culturel. Face aux divers décideurs publics, mais aussi dans leurs regroupements associatifs, de plus en plus d’aînés refusent d’être réduits à une cible de clientélisme paternaliste ou de marketing politique et se considèrent désormais comme des citoyens à part entière, disposant d’expérience, de maturité et de temps libéré.

Dans le contexte québécois, vous avez pris l’initiative de créer les réseaux Espaces 50 +. Est-ce une nouvelle forme de militantisme ou d’organisation collective des retraités ou des seniors ?

J’ai lancé Espaces 50 + il y a 5 ans à Montréal pour signifier activement que les aînés devaient être reconnus comme des acteurs sociaux majeurs et comme un plus pour la société, aussi bien par les gouvernements que par les institutions universitaires et culturelles et que par les décideurs économiques. Espaces 50 + est un incubateur de projets sociaux initiés par les aînés, et pas forcément pour eux. Espaces 50 + est constitué en réseaux à géométrie variable en fonction du choix des acteurs, de l’importance des enjeux et du contexte. À travers les actions entreprises et les mouvements provoqués, à travers des partenariats, Espaces 50 + constitue peu à peu une toile (web) géronto-active, efficace et souple. Parfois on peut parler de militantisme ou de lobbyisme, de consultation-expertise, de création artistique et littéraire, d’organisation de loisirs autocontrôlés et autres événements comme les Cafés des âges que nous avons démarrés au Québec.

Dans le cadre d’Espaces 50 +, vous avez animé les «Ateliers de la retraite citoyenne» qui ont permis la création d’un document : le Livre de bord de ma retraite citoyenne. Comment se sont déroulées ces réflexions et en quoi ce texte diffère des très nombreux rapports plus ou moins participatifs qui se sont accumulés durant les deux dernières décennies sur les bureaux ministériels ?

Loin de moi l’idée d’un rapport, même si nos ministres sont ici moins lointains qu’en France et parfois à notre écoute! Nous avons organisé des ARC dans une perspective de pédagogie conscientisante: à travers leur propre connaissance de leurs milieux de vie (voisinage, région, quartier, région, les aînés se regroupent pour en dégager les meilleurs leviers en termes de changements dans la vie collective. De ces ateliers est né le Livre de bord rédigé par des aînés participants et qui sera lancé le 29 septembre en présence de Marguerite Blais, ministre des Aînés du gouvernement du Québec. Il s’agit d’un outil évolutif d’observation, d’enquête-terrain, d’organisation en réseaux et de mobilisation pour agir.

Vous êtes également chargé du projet des États généraux des Âges auprès de l’Institut du Nouveau Monde qui devraient se tenir entre l’été 2009 et l’été 2010. Pouvez-vous présenter cette initiative ?

Au Québec, l’arrivée massive de baby-boomers à la retraite active modifie en profondeur la condition des aînés et donc le paysage politique et social. Le vieillissement collectif rapide ne manque pas d’interpeller démographes, économistes et décideurs politiques et fragilise le consensus intergénérationnel. 50 ans après la Révolution Tranquille des années 1960-1970, le temps est venu de réécrire le contrat social à travers un dialogue, convivial mais ouvert aux contradictions, entre les générations. D’où l’idée des premiers membres d’Espaces 50 + des États généraux des âges (titre provisoire). Il s’agit de mobiliser l’ensemble des acteurs de la société civile pour débattre du vieillissement collectif et de ses effets sur les rapports entre les générations, sur les institutions et les diverses organisations sociales, de ménager entre citoyens de tous âges des «rendez-vous stratégiques» sur les grands enjeux sociaux de l’heure et d’élaborer une nouvelle et réelle politique du vieillissement et des âges (et non «de la vieillesse»).

Avec l’Institut du Nouveau Monde (www.inm.qc.ca), nous avons trouvé un opérateur efficace et sur les mêmes longueurs d’ondes. L’INM est un institut indépendant, non partisan, à but non lucratif, fondé en 2003 et voué au renouvellement des idées et à l’animation de débats publics, le plus souvent au Québec.

À ces États généraux des âges, nous espérons associer l’ensemble des pays francophones à travers des échanges de citoyens aînés ou plus jeunes, de décideurs politiques et de chercheurs universitaires. Entre autres objectifs, je viens à Rouen pour poser les jalons de cette nouvelle coopération.

Quels sont actuellement les thèmes majeurs qui préoccupent les retraités québécois et comment se structurent-ils dans le débat public ?

1.La pauvreté, en particulier celle des femmes plus âgées, mais aussi celle à venir des générations de la précarité;
2.les violences sociales à tous niveaux, y compris contre les plus âgés;
3.l’avenir des systèmes de santé et d’éducation;
4.une réelle politique du vieillissement;
5.la solidarité à redéfinir et redéployer entre les générations;
6.l’avenir d’une démocratie fragilisée;
7.le développement global et durable.

Les élections fédérales qui auront lieu le 14 octobre et les élections provinciales prévues au printemps 2009 sont et seront l’occasion d’intensifier ces débats auxquels les aînés participent de plus en plus activement. Il est cependant frappant de constater à quel point les aînés passent de moins en moins à travers leurs divers regroupements traditionnels «d’âge d’or» pour faire valoir leurs revendications et leurs points de vue citoyens, mais agissent de plus en plus en lien avec des mouvements sociaux et des réseaux multi-âges. Cette recomposition complexe et souvent discrète, augure positivement d’un «nouvel âge» où les 50 ans et plus tiendront toute leur place.

Plus d’information sur le colloque : http://www.reiactis.org

 

Par Jean Carette Date 02-10-2008

 

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