Dans quelles conditions avez-vous
quitté Boiron ?
A 60 ans, Christian Boiron a commencé
à s’interroger sur sa succession, confiant les rênes de l’entreprise
à son jeune frère Thierry en 2005. A l’époque je
pilotais la fusion avec Dolisos. En janvier de l’année dernière,
Thierry a décidé d’asseoir son leadership autour d’une
nouvelle équipe. C’est une décision de patron…que
je comprends aujourd’hui. Comment rebondir ? On se pose toujours
des questions. Intégrer une nouvelle entreprise ? Se lancer dans
la création ? Mes réflexions et les conseils familiaux m’ont
incité à revenir au fondamentaux, à mon activité
première, le conseil que j’avais exercé pendant 5 ans chez
Arthur Andersen.
Pourquoi ne pas avoir envisagé
la reprise d’une société ?
J’avais envie d’un projet
qui me fasse vibrer. Une reprise ne m’aurait sans doute pas permis de
concilier ma vie professionnelle avec mes aspirations humaines comme je le fais
avec le conseil. Ce projet m’a aussi rapproché de mon frère
Christophe, qui dirige une entreprise de conseil en communication. Au-delà
de l’aspect logistique, puisque nous partageons les mêmes locaux,
du côté rassurant pour nos clients respectifs, nous arrivons à
travailler ensemble sur certains dossiers.
Pouvez-vous expliquer la
démarche d’entreprendre dans la performance globale ?
L’entreprise n’a pas
que des objectifs économiques. Elle doit gagner de l’argent. Mais
pas seulement. Elle doit offrir des conditions d’épanouissement
et de dévelop-pement personnel à ses collaborateurs, elle doit
promouvoir le dialogue social. N’oublions pas qu’une entreprise
ce sont d’abord des femmes et des hommes qui travaillent ensemble pour
faire avancer un projet. Ce qui est nouveau, ou plutôt ce qui devient
important, voire incontournable, c’est la dimension d’intérêt
général auquel l’entreprise devra de plus en plus se soumettre.
Elle devra se comporter en acteur civique et responsable dans le cadre du développement
durable de la société que nous construisons. La performance globale
n’est rien d’autre que la prise en compte de ces trois composantes
( économique, sociale et environnementale) par la direction générale.
Comment procédez-vous ?
Je commence par faire un diagnostic
en m’appuyant sur des outils que j’ai adaptés à partir
de mon expérience chez Boiron et Arthur Andersen, mais aussi au sein
du Centre des Jeunes Dirigeants * où j’anime la commission performance
globale qui réunit une douzaine d’entrepreneurs. Dans un deuxième
temps, j’élabore un plan d’actions qui fait l’objet
d’une mise en œuvre et d’un suivi. Les chantiers sont conduits
selon des priorités définies avec le chef d’entreprise.
J’utilise des grilles d’analyse standard, mais j’individualise
la démarche opérationnelle.
La performance globale n’est-elle
pas au fond qu’une nouvelle variation sur le thème du management
participatif ?
Je ne crois pas. La PG dépasse
le simple concept à la mode. Elle est empreinte d’une philosophie
managériale qui renvoie à des approches en termes de participation,
de délégation ou encore d’autonomie.
Quelle intérêt une entreprise a-t-elle à adopter
la démarche performance globale ?
L’amélioration de la
performance se traduira immédiatement dans la rentabilité. J’ai
commencé ma carrière chez Arthur Andersen en mettant en place
des plans de redressement d’entreprise en difficulté. J’ai
quitté le cabinet pour entrer chez Boiron où l’on m’a
demandé de mettre en place le contrôle de gestion. J’ai imaginé
le Budget base zéro (BBZ) qui oblige l’entreprise à se remettre
en cause constamment pour avancer, pour se développer. Or cette dynamique
dépend de la mobilisation des salariés à tous les niveaux.
Mais la prise en compte de la dimension sociale et environnementale a un coût.
N’oubliez pas qu’une entreprise vit aussi grâce à ses
clients. Et qu’une bonne image de marque génère du chiffre
d’affaires. Mais au-delà, plus simplement le chômage pénalise
la consommation, dont l’activité. La pollution détruit l’environnement
et pénalise l’entreprise à long terme. Or une société
ne peut évoluer favorablement qu’en se projetant sur le long terme,
donc en tenant compte de ces divers aspects.
Ces aspects ne risquent-ils
pas de détourner l’entreprise de ses fondamentaux ?
Une entreprise ne peut fonctionner
sans des résultats économiques. Le profit n’est ni bon ni
mauvais, c’est seulement l’oxygène indispensable à
la survie de toute entreprise. Mais je défends l’idée
que l’on peut améliorer ce profit en prenant en compte le facteur
humain. La transparence, la pédagogie, la capacité à donner
du sens au travail, voilà des chantiers que vise la performance globale.
Vous avez créé
Montfort Consultants à l’automne dernier. Avez-vous déjà
signé quelques contrats ?
Cela ne vous étonnera pas
si je vous dis que mes trois premiers clients, trois PME, sont dans le secteur
de la pharmacie. Je négocie actuellement avec un laboratoire allemand.
Une manière d’affirmer le caractère européen, voire
mondial de mon entreprise, car je ne m’interdis pas de travailler aux
États-Unis
Propos recueillis par ANTONIO MAFRA
Dans le n° du 22 au 28 janvier 2007 LES PETITES AFFICHES LYONNAISES
*Thierry Montfort a présidé
le CJD Rhône-Alpes et Grand Lyon de 2000 à 2004