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Marguerite Blais,
ministre responsable des Aînés, Coprésidente
Sheila Goldbloom,
TSP, professeure retraitée de l'Université McGill, Coprésidente
Professeur Réjean
Hébert, M.D., doyen, Faculté de médecine et des sciences
de la santé, Université de Sherbrooke,
Coprésident
Le vendredi 16 novembre
se concluait la consultation publique sur les conditions de vie des aînés,
mise sur pied il y a quelques mois à l'initiative du premier ministre
du Québec, M. Jean Charest.
Cette consultation publique
a largement atteint son objectif : entendre les aînés sur les moyens
d'améliorer leurs conditions de vie et d'aménager la société
pour leur faire la place qui leur revient. En moins de trois mois, plus de 4
000 aînés ont assisté aux 52 séances publiques dans
26 villes de toutes les régions du Québec. Plus de 267 mémoires
ont été déposés, dont 160 présentés
lors des cinq journées d'audience réservées aux groupes
et aux experts voulant apporter aussi leurs points de vue. Plus de 3 375 lettres,
courriels, mémos, appels téléphoniques sont venus compléter
cette riche collecte d'information. Les aînés ont parlé
haut et fort, parfois avec émotion, toujours avec sagesse et vérité.
Ils ont parlé d'eux, de leur vécu, de leurs proches, de celles
et ceux qu'ils côtoient, de celles et ceux dont ils s'occupent.
«Je suis invisible»
Pourtant, cette consultation
n'a pas eu la visibilité, par exemple, de la Commission Bouchard-Taylor.
Faut-il s'en étonner? Est-ce un symptôme de la place accordée
aux aînés dans notre société ? Une citoyenne aînée
résumait ainsi ce sentiment partagé lors des audiences publiques
: «Quand je marche dans la rue, personne ne me regarde, je suis invisible…»
Voilà peut-être
la première et grande conclusion à tirer de cette consultation
: nos aînés ont de plus en plus l'impression d'être marginalisés.
Certains se sentent même dépréciés par des stéréotypes
qu'on véhicule à leur sujet, inconsciemment ou non : un fardeau
pour les générations plus jeunes, un péril potentiel pour
notre système de santé…
Cet âgisme –
attitude ou comportement visant à déprécier les individus
du fait de leur âge – non dénoncé, qui ne correspond
pas à la réalité, mine la qualité de vie de beaucoup
d'aînés au Québec. Ceux-ci en viennent même à
l'accepter, à l'intégrer, à s'excuser d'être là
et de nuire au développement social et économique. On se surprend
à constater le sentiment d'inutilité de plusieurs, la détresse
psychologique de beaucoup d'autres et le suicide de ceux qui tirent leur révérence
car ils n'en peuvent plus d'être embêtants. Est-ce le genre de société
dont nous voulons ?
Apport économique
important
Pourtant, les aînés
ont bâti notre société, notre économie et nos institutions.
Ils ont contribué pendant plusieurs décennies à la création
de la richesse et ils ont contribué aux régimes de retraite qui
devraient maintenant leur apporter la sécurité financière
espérée. Et ils sont toujours un apport économique, non
seulement par leur travail bénévole indispensable, mais aussi
par les impôts et taxes qu'ils paient et les biens et services qu'ils
consomment. Un apport de plus de 5,3 milliards de dollars au Canada, selon une
étude internationale tirée du Forum mondial HSBC sur le vieillissement
et les retraites.
Il est temps de mettre les
pendules à l'heure et de montrer les aspects positifs du vieillissement
de la population tout en dénonçant l'âgisme sous toutes
ses formes. Comme on l'a fait pour les jeunes, les femmes, la famille et les
minorités, c'est maintenant au tour des aînés de se laisser
parler d'amour… et d'être célébrés.
De tous les témoignages,
il ressort aussi la pauvreté d'une grande partie des femmes aînées,
qui parfois ne vivent que de la pension de vieillesse et du supplément
de revenu garanti, qui économisent sur l'alimentation pour payer un logement
de plus en plus coûteux, se privant de sortir et d'avoir des activités
sociales qui pourraient pourtant briser leur isolement.
À domicile le plus
longtemps possible
Sont également mis
en relief, le désir des aînés de demeurer à domicile
le plus longtemps possible et d'y recevoir des services de soutien en quantité
et qualité suffisantes pour répondre adéquatement à
leurs besoins; de recevoir chez soi des services au lieu de déménager
là où sont donnés les services; la volonté de continuer
aussi de vivre en couple, malgré la perte d'autonomie qui affecte malheureusement
l'un des deux conjoints…
Il en découle aussi
le besoin d'en faire davantage pour les proches aidants, de mieux les soutenir
et de leur témoigner du respect pour leur dévouement.
Nous avons été
abasourdis et choqués devant les témoignages dénonçant
les situations de maltraitance vécue par beaucoup d'aînés,
malgré la protection d'un État moderne et libre, doté de
lois, de chartes et d'institutions fortes comme le Québec. Nous avons
constaté que les aînés n'ont souvent pas les moyens financiers
d'entreprendre les recours, ni le soutien pour aller au bout des démarches;
et que les intervenants ne sont pas assez sensibilisés et formés
pour les accompagner.
Nous avons retenu de nombreuses
autres réalités, mais il faut maintenant traduire cette consultation
en action, se donner un plan avec une vision, des valeurs et des orientations
stratégiques, certaines à court terme, d'autres à moyen
et à plus long terme. Il nous faut faire du vieillissement de la population
et des conditions de vie de nos aînés une priorité : déterminer
comment nous nous assurerons de mettre en valeur cette ressource inestimable
qu'est la sagesse des aînés, démontrer comment, grâce
à la contribution des aînés, notre société
deviendra plus juste, plus solidaire et plus sage.
Ce sont là les objectifs
qui nous préoccupent en entreprenant maintenant la rédaction de
notre rapport — dont la présentation est prévue au début
de l'année 2008 — et des recommandations qui l'accompagneront.
*Marguerite Blais, ministre
responsable des Aînés
Coprésidente
Sheila Goldbloom, TSP,
professeure retraitée de l'Université McGill
Coprésidente
Professeur Réjean
Hébert, M.D., doyen, Faculté de médecine et des sciences
de la santé, Université de Sherbrooke
Coprésident